Dernières nouvelles d’Hyderabad

Le vingt-et-unième congrès international sur la lèpre s’est tenu du 9 au 11 novembre 2022 dans la ville indienne d’Hyderabad. Environ un millier de participants y ont été physiquement accueillis, sans compter presque 500 inscriptions supplémentaires virtuelles. Le nombre de 960 présentations, en incluant les posters, a été atteint.

Retentissement de la pandémie COVID-19 sur l’identification de nouveaux cas de lèpre

La pandémie COVID-19 a fortement perturbé l’identification et le recensement des nouveaux cas de lèpre de par le monde, avec une chute brutale du nombre de nouveaux cas mondiaux passé de 202.185 en 2019 à 127.396 en 2020 et cependant un sursaut en 2021 avec 140.594 nouveaux cas identifiés.

Un élément supplémentaire de préoccupation est le caractère « genré » de ce déficit, avec une proportion féminine de nouveaux cas en 2020 de seulement 39% (alors qu’on s’attendrait à une égalité avec le nombre de cas identifiés chez des sujets de sexe masculin). D’autres déficits spécifiques analogues ont d’ailleurs été à déplorer chez les enfants, ainsi que pour ce qui est de l’identification de cas multibacillaires.

Un rattrapage partiel de ces déficits s’est heureusement effectué spontanément en 2021. Un programme spécifiquement dédié à la problématique du déficit de diagnostic chez les femmes a été mis en œuvre au Bangladesh, permettant de rattraper plus complètement cette inégalité de genre.

  • Plenary session (09/11/2022) : WHO representative.
  • Pender JS et al. ILCAB S60. The missing thousands. Bridging the gender gap in leprosy case detection

Lèpre zoonotique et animaux hébergeurs

Une présentation passionnante du Dr JS Spencer (Colorado) a répertorié les situations de mise en évidence de M. leprae chez des animaux, avec ou sans transmission humaine avérée.

Le tatou à 9 bandes est désormais un hôte bien connu. Des cas avérés de transmission de M. leprae du tatou à l’homme ont été établis dans les états du Sud des Etats-Unis (Louisiane). Alors qu’environ un tiers des tatous nord-américains sont infectés par M. leprae, presque 100% des tatous à 6 bandes le sont dans le Nord-Est du Brésil, pays où cet animal est par ailleurs régulièrement consommé en tant que gibier dans certaines zones rurales, avec dans cette situation présence d’un taux élevé d’anticorps anti-M. leprae chez les individus en consommant plusieurs fois par semaine.

D’autres animaux apparaissent comme des hébergeurs fortuits : écureuil roux de certaines îles britanniques, chimpanzés de Côte d’Ivoire ou de Guinée Bissau, ces deux espèces infectées par des souches anciennes « moyenâgeuses » de M. leprae, peut-être via (uniquement en ce qui concerne les chimpanzés) un autre hôte intermédiaire.

Enfin, l’identification récente de M. leprae au sein d’amibes, dans lesquelles le germe peut persister plusieurs mois, seraient susceptibles de servir de support à un réservoir « tellurique » du germe, à rapprocher de la mise en évidence d’ADN de M. leprae dans le sol de l’environnement de maisons de patients malades de la lèpre (forme lépromateuse) au Bangladesh, de terriers de tatous au Surinam et de l’environnement d’écureuils roux des îles britanniques.

  • #0065/ILCABS 699. Spencer JSS. News hosts and new places in the environment for M. leprae : implications for new source of infection.
  • Voir aussi pour mémoire :Wheat WH et al. Long-term survival and virulence of Mycobacterium leprae in amoebal cysts. PLoS Negl Trop Dis 2014 DOI: 10.1371/journal.pntd.0003405

Auteur/autrice : Antoine Mahé

Rédacteur en chef du Bulletin de l'association des léprologues de langue française (BALLF)